| Le fer |
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CHEZ LE SUJET NORMAL
ET CHEZ L’HEMOCHROMATOSIQUE
Vous savez que le fer en excès dans votre corps est la cause de votre maladie. Pour bien comprendre ce qui se passe, voyons d’abord chez le sujet normal puis chez le malade. 1) Le fer chez le sujet normal : Un sujet normal a dans son corps 5 g de fer (le poids d’un clou !). Le poids ne varie jamais sinon le sujet devient malade : si le poids augmente, c’est l’hémochromatose, si ce poids diminue, c’est l’anémie.
Tous les jours, un sujet normal prend 5 à 10 mg (milligrammes) de fer contenu dans les aliments ou les boissons. Ce fer arrive dans l’estomac et le duodénum (début de l’intestin) où il est absorbé, c’est-à-dire traverse la paroi de l’intestin et passe dans le sang. Attention : seulement 1 mg par jour passe car il y a une barrière. Le reste du fer est perdu. Par contre, tous les jours, l’organisme laisse partir dans les selles 1 mg de fer. Donc récapitulons : il y a 5 g de fer, 1 mg est absorbé, 1 mg est perdu tous les jours : le poids du fer ne varie pas. C’est un vase clos. Suivons maintenant ce mg de fer dans le sang. Il est aussitôt pris en charge par une protéine (un transporteur, il ne circule jamais seul). Cette protéine est la transferrine qui transporte le fer ou aussi appelée sidérophiline (c’est-à-dire qui aime le fer). Mais cette protéine ne transporte que le tiers de ses possibilités, c’est-à-dire 30%. On dit que la saturation de la sidérophiline est à 30 %. Elle transporte donc ce fer dans 2 endroits : 1°) dans la rate, le foie, la moelle osseuse où se forme des réserves de fer : c’est la ferritine (petits amas de fer) ou l’hémosidérine (plus gros amas) ; au total il y a 2 g.(grammes) de fer utilisés sans arrêt pour fabriquer les globules rouges ou en cas de besoin (par exemple si un jour vous n’apportez pas de fer dans les aliments) ; 2°) dans la moelle osseuse où il est aussitôt pris pour faire de l’hémoglobine ou de la myoglobine. La myoglobine va dans les muscles et sert à la contraction musculaire grâce à l’oxygène fixé sur le fer. Elle n’utilise que 150 mg de fer. L’hémoglobine, par contre, est très importante. Elle est formée d’une protéine, de fer et d’oxygène (fixé sur le fer). Cette hémoglobine sert à la fabrication des globules rouges dans la moelle osseuse. Ces globules rouges transportent l’oxygène qu’ils ont pris dans les poumons et vont, grâce à la circulation du sang, porter cet oxygène à nos cellules ; donc, ils sont nécessaires à la vie ou au moins pour être en bonne santé. Mais les globules rouges ne vivent que 120 jours, donc une partie (le 1/120) est détruite tous les jours, le fer est récupéré dans la moelle osseuse ou dans la rate (lieu de destruction) et il sert à nouveau avec le fer de réserve à faire d’autres globules rouges et ainsi de suite. Donc résumons-nous : 5 g de fer dans notre corps ; 1 mg est absorbé dans l’intestin ; 1 mg est perdu dans les selles tous les jours (beaucoup plus chez la femme au moment des règles*). Le fer transporté par la sidérophiline est, soit mis en réserve (2 g), soit sert à faire de l’hémoglobine (3g). Donc le poids du fer ne varie pas, mais il est en perpétuel mouvement.
2) Le fer chez le sujet hémochromatosique : Très simple à comprendre. Tous les jours, (comme chez le sujet normal) 5 à 10 mg de fer sont apportés par les aliments et les boissons. Le fer arrive dans l’estomac et le duodénum et là il n’y a plus de barrière, de contrôle ; les 5 à 10 mg passent dans le sang ! (nous vous expliquerons pourquoi plus tard). Dans le sang, la transferrine ou sidérophiline « va être obligée d’en prendre le maximum », c’est-à-dire 60 à 90% et même 100% de ses possibilités (au lieu de 30%). C’est pourquoi on parle du taux de saturation de la sidérophiline à 60-90% (rappelez-vous, meilleur test de détection de l’hémochromatose) ; en effet la sidérophiline est la première intéressée ! Donc cette sidérophiline surchargée va, comme chez le sujet normal, donner du fer pour fabriquer l’hémoglobine et des globules rouges dans la moelle osseuse, et ceci se fait normalement, mais surtout va déposer davantage de fer dans les réserves normales : le foie, la rate, la moelle osseuse sous forme de ferritine ou d’hémosidérine. Mais au-delà de 2 g, ces réserves sont débordées et le fer va se déposer dans tous les tissus ou organes : poumons, cœur, pancréas, reins, articulations, glandes endocrines. Ces dépôts de fer gênent le fonctionnement de ces organes. Un autre fait important : lorsque la transferrine ou la sidérophiline est saturée à 100%, tout le fer absorbé ne peut être transporté, il devient libre dans le sang et donc très toxique par oxydation. En effet, le fer est toxique pour les organes. Ainsi, au niveau du poumon, le fer provoque un essoufflement ; au niveau du cœur, le fer se dépose dans le muscle qui se contracte moins bien et il y a soit des troubles du rythme du cœur ou de l’essoufflement au moindre effort ; au niveau du pancréas, le fer se dépose dans les cellules qui sécrètent l’insuline nécessaire au maintien du sucre dans le sang au taux de 1g/l ; au niveau des glandes endocrines, le fer se dépose dans la thyroïde (donc moins d’hormone thyroxine) ; au niveau des glandes surrénales (moins de cortisone ou d’adrénaline) etc… ; au niveau des articulations, le fer provoque une altération et des rhumatismes, etc… (nous en reparlerons). Ainsi vous pouvez comprendre que l’hémochromatose se manifeste de multiples façons, ce qui rend le diagnostic difficile et donc explique souvent le retard. Evidemment, ces dépôts se constituent tous les jours avec quelques mg, mais sur 10 à 30 ans, cela fait plusieurs grammes : 20 à 60 g ! Ainsi s’explique que dans l’hémochromatose il y ait trois périodes : une période où le sujet paraît normal (les réserves et les organes se chargent en fer), puis une période où la surcharge devient toxique et où apparaissent les premiers signes de la maladie après 15-20 ans (et que nous verrons dans le deuxième exposé), puis une période catastrophique où le malade a un diabète grave, est très fatigué, en insuffisance cardiaque, très bronzé, plein de rhumatismes, etc… Donc l’hémochromatose génétique est une perte de contrôle de l’absorption du fer par l’intestin. Le fer en excès s’accumule partout dans le corps. Il est donc évident que seules les saignées faisant perdre chaque fois 250 mg de fer pour 500 ml de sang sont nécessaires pour assécher les réserves de fer et obtenir la guérison.
Professeur Henri MICHEL
*Chez la femme au moment des règles ou des accouchements. La perte de sang des règles est évaluée entre 50 et 150 ml (soit entre 25 et 75 mg de fer perdu), soit aux accouchements c’est-à-dire perte de 400 à 500 ml de sang donc 200 à 250 mg de fer perdu. Ceci sachant que 1 litre de fer contient 500mg de fer chez tous les sujets. Ce fer est surtout contenu dans les globules rouges.
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